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Je voudrais réagir sur la base de ma propre expérience suite aux propos de la ministre de la justice, Nicole Belloubet, concernant le témoignage d'Adèle Haenel.

Attention, thread improvisé et from scratch, je vais essayer d'être cohérent. (1/N)

J'ai été victime de harcèlement sexuel dans mon entreprise en 2015, de la part de mon supérieur hiérarchique direct. Un harcèlement qui s'est mué en harcèlement moral du moment où il est devenu clair pour lui que je repoussait ses avances. (oui, parce que selon lui j'étais dans le déni de l'attirance qu'il exerçait sur moi) (2/N)

Cette situation a duré environ 2 années, jusqu'en 2017. Je n'avais plus de bureau à moi, mon supérieur refusait de faire des points d'activité, j'étais livrée à moi-même, recevais des textos horribles et bien entendu il me faisait porter la responsabilité de son comportement (c'était moi qui l'aurait provoqué).
Je me suis ouverte de son comportement - uniquement sur l'aspect harcèlement moral, j'avais bien trop honte sur le reste - auprès de collègues, qui m'ont déconseillées de réagir. (3/N)

En effet, les comportements de cet individu avaient déjà fait l'objet de reports auprès des RH, qui n'avaient jamais levé le petit doigt. Dénoncer ses agissements, c'était risquer de me fragiliser et de subir des représailles. Les filles étaient flippées. J'étais, moi, morte de culpabilité.
Ce qui m'a permis de tenir pendant tt ce temps, c'est le recueil demain le travail que je coordonnais alors La Volte. Un radeau en dehors du monde de l'entreprise, pour accueillir ma détresse. (4/N)

Et puis un beau jour j'ai découvert que je n'avais pas été la seule à subir ses attaques de prédateur sexuel. que d'autres femmes, nombreuses, en avaient fait les frais. Que certaines étaient terrorisées.
Car c'est l'art du pervers narcissique que de désolidariser ses victimes et de les isoler les unes des autres. Il n'y avait pas de réunions d'équipe, pas de points individuels.
Ce jour là, tout a volé en éclat dans ma tête.
J'ai commencé à parler. Et j'ai été voir les RH.(5/N)

Ceci se déroulait environ un an et demi après les faits de harcèlement.

La DRH m'a soutenue mais ne m'a pas caché sa surprise condescendante : comment avais-je pu me laisser faire ? Et pourquoi n'avais-je pas gardé traces des textos et messages ignobles que j'avais reçu ?? Vraiment, quelle inconséquente j'étais. (oui, j'avais tout effacé, tant ces horreurs me répugnaient).

J'étais mortifiée. ma culpabilité a redoublé.

(6/N)

Une enquête du CHSCT a été ouverte et conduite par les RH. En dépit du bon sens.
Convoquée 48h avant mon départ en congés que j'ai dû annuler. L'anonymat que l'on m'avait promis n'a pas été tenu et je me suis retrouvée le jour j à découvrir que mon nom avait été divulgué à l'ensemble de l'entreprise et des personnes convoquées par le CHST. J'ai vécu un cauchemar, j'ai cru mourir sur place. (7/N)

Plus, aucun accompagnement ne m'a été proposé par les RH, alors même que j'étais la seule victime à avoir eu la force de mettre par écrit mon témoignage et le signer.

Je me suis trouvée exposée, sans protection, sans accompagnement psychologique.
Pour certain.e.s, mon témoignage n'était pas crédible : comment un personnage aussi talentueux, aussi charismatique, aussi séduisant aurait-il pu se conduire de la sorte ?? (8/N)

L'enquête du CHSCT a été à se point bâclée que nous n'avons jamais eu aucun retour ni sur nos témoignages - qui n'ont donc jamais été signés - ni sur leur devenir.
Enquête enterrée, "Secret Défense" comme le diraient certains. Silence radio. Nada.

Et je dois préciser que si cette enquête a eu lieu, si mon témoignage a été pris en compte, c'est tout simplement parce que mon entreprise cherchait à licencier mon supérieur, pour des malversations diverses et variées.
(9/N)

J'ai par la suite gravement accusé le coup. Une perte de confiance totale s'est installée en moi vis à vis de mon entreprise. j'ai commencé à douter de mes compétences. La culpabilité ne me lâchait plus : le comportement des RH, la manière dont l'enquête du CHSCT s'était tenue n'ont fait que renforcer mon sentiment de nullité et de responsabilité. Même si nous avons pu échanger ensemble avec les autres victimes et me suis rendue compte que certaines étaient bien plus abîmées que moi. (10/N)

Dans mon entourage proche, c'était compliqué. Encore une fois j'avais honte. J'étais mal. Le conjoint avec qui j’étais au moment des faits de harcèlement ne comprenait pas. J'ai eu la chance de rencontrer quelqu'un ensuite qui m'a soutenue. Mais j'avais honte. profondément. J'étais tétanisée. (11/N)

Et puis est arrivé ce jour, en décembre 2018, où nous avons toutes reçues chez nous un courrier des prud'hommes. Mon ancien supérieur hiérarchique contestait son licenciement et le conseil des prud'hommes, même si les faits de harcèlement ne figuraient pas comme motif de son licenciement, a voulu en savoir plus et a convoqué plusieurs personnes ayant témoigné devant le CHSCT : évidemment, les témoignages n'étaient pas signés et étaient donc irrecevables !!!!!! (12/N)

Un an et demi après nos dépositions, nous avons donc dû déterrer cette affaire que nous avions essayé de mettre derrière nous.
Je me suis effondrée.
Là encore, aucun accompagnement, aucun mot de la part des RH. Silence total.
Nous avons dû, avec une collègue, demander à être reçues par notre DG afin de savoir de quoi il retournait. Qui, lui, nous a expliqué le plus clairement du monde la situation. (13/N)

Il nous a déconseillé de nous rendre à la convocation pour nous protéger. Mais j'y ai vu, pour ma part, une manière de ne plus laisser passer ce genre de situation. Je m'y suis rendue en demandant un huis clos, en dehors de la présence du harceleur. Ma collègue, terrorisée, n'a pas pu s'y rendre.
Inutile de dire que malgré mes demandes d'accompagnement, les RH n'ont jamais donnés signe de vie. Pas un mot. Pas une explication. à aucune d'entre nous.
(14/N)

Je considère que la suspicion globale qu'a générée vis à vis de moi cette situation, le non soutien, et l'incompréhension de la boîte, mais également d'une partie de mon entourage, m'a presque fait plus de mal que le harcèlement en lui-même.

Je n'ai plus confiance en aucune institution officielle pour me défendre et me protéger. (15/N)

Par contre je me suis aujd entourée de personnes conscientes qui sont en mesure, si ce n'est de comprendre, au moins de ne pas m'imposer une façade de déni ou un argumentaire de banalisation.

Et je rejoins le témoignage d'Adèle Haenel sur ce point : les faits de harcèlement, lorsqu'ils se produisent, s'accompagnent invariablement du silence et de l’aveuglement de l'entourage.
Parce que honte et déni de la victime certes, mais également parce que refus de voir de la part des autres. (16/N)

J'ai conscience que mes propos peuvent paraître durs et je suis la première à en être désolée.

Mais via cette expérience j'ai appris que le harcèlement ne s'arrête pas au harceleur. Il se poursuit avec l’attitude de l'entourage et le silence des institutions, qu'elles soient judiciaires ou, dans mon cas, corporate.
(17/N)

Et s'il vous plaît, merci de ne pas sortir ce thread de masto.

Parce que oui, je suis, encore aujourd'hui, flippée.

Et que je suis en plein processus de rupture conventionnelle avec mon entreprise.

Merci beaucoup.

(18/N)

Je voudrais terminer sur une note positive quand même.

Il y a eu cette vague de suspicion et de regards de travers lorsque nous avons brisé l'omerta.

Mais nous nous sommes serré les coudes au sein de ma (petite) direction. Si l'une de mes collègues et désormais amies, qui n'était en rien concernée par l'affaire, ne m'avait pas accompagnée au conseil des prud'hommes, j'avoue que je ne sais pas si j'aurais eu le courage physique et mental d'y aller.

(19/N)

Idem lorsque j'ai dû me rendre auprès du CHSCT. Et pourtant, la collègue qui m’accompagnait ce jour là était, je l'ai découvert par la suite, bien plus fragilisée que moi.

(20/N)

@StuartCalvo ça me rappelle beaucoup de choses. *Micro Hebdo pour ne pas les nommer.* Tous mon soutien.

@StuartCalvo merci pour votre témoignage qui demande encore bien du courage. je vous souhaite une belle vie.

@StuartCalvo Est-ce que tu sais, aujourd'hui – toi ou quelqu'un d'autre, d'ailleurs – s'il existe des billets de blog, des guides de bonnes pratiques, des protocoles ou des formations sur comment réagir en tant de chef•fe d'équipe sur ce genre de situation ?

Parce que moi, j'avoue, si je suis chef d'équipe et demain, on m'apporte une plainte de ce genre… Ben je sais pas quoi en faire…

@StuartCalvo Et ça m'embête parce que je compte bien que Timon-Ethics croisse un jour et soit une entreprise accueillante pour tous les genres, pas juste le miens 😕

@AugierLe42e alors oui, il y a des formations destinées aux représentants du personnel, CSE etc.
Et sans doute destinées aux RH également j'imagine (lol)

Et je sais également que certaines entreprises incluent des chartes dans les contrats de travail, les affichent dans les locaux.

Mais je t'avoue que je n'en sais pas tellement plus :/

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@StuartCalvo Tout mon soutien également.
L'attitude de l'employeur est lamentable.
L'attitude des élus (chsct, mais les autres instances aussi, je suppose) est lamentable.
Ils mériteraient tous une plainte au pénal, à mon sens, pour non-assistance à personne en danger..

@StuartCalvo

Lu, avec humilité, tristesse et colère.

J'espère réussir à trouver les mots si par malheur ça arrivait dans mon entourage - ce qui me glace le sang, c'est que c'est peut-être le cas mais je n'en sais rien...

🤗

@StuartCalvo ça aurait été sans fin et ça dénote bien l'ampleur du bordel, mais il faudrait des instances régulatrices d'instances régulatrices d'instances régulatrices..... c'est un chat qui se mord la queue. ça fait système. force à toi là dedans.

@LenaDormeau C'est ça. Je n'ai pas précisé que j'ai été voir à plusieurs reprises le médecin du travail et que nous lui avons écrit une lettre collégiale pour dénoncer notamment ces faits. Mais la médecine du travail ne dispose en réalité d'aucun pouvoir, si ce n'est celui d'alerter :/ Libre à l'entreprise de réagir ou non ensuite.

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@StuartCalvo je suis navrée que tu ais eu à vivre ça, et plus encore que ce soit si répandu. Non ça ne se limite pas aux seuls harceleur.e.s, et bien sûr le silence est complice. ne pas vouloir se mouiller c'est cautionner. Le pbme dorganes type CHST, bien qu'ils se veuillent contre-pouvoir, c'est qu'ils y appartiennent d'une façon ou d'une autre. le poids des rapports de pouvoir ça traverse tout, et principalement les individus eux-même

@StuartCalvo
Merci pour ce témoignage, tout mon soutien.

J'ai croisé récemment une histoire dans une grosse boîte un peu comme ça. Sauf que les RH, bien qu'ayant connaissance que le mec ait des comportements douteux (pas seulement dans les bureaux, en dehors aussi) , parce qu'il est haut placé, ils lui ont conseillé à elle, victime reconnue, de démissionner.
Je crois qu'on s'imagine beaucoup que les RH sont là pour le bien des gens, mais pas du tout, ils servent avant tout les intérêts de leurs supérieurs, sinon eux aussi doivent prendre la porte.
Sale histoire. Une de plus.
La force soit avec toi.

@tykayn @StuartCalvo J'ai une copine qui voulait faire une école de RH mais elle a été retoqué à l'entretiens de motivation parce qu'elle avait "un sens de l'éthique préjudiciable à l'exercice de la profession"...

@derle @tykayn une de mes boss m'a dit un jour que je mettais trop de valeurs morales dans mon travail 🙄

@StuartCalvo Dans un sens, ne pas obtenir de soutien laisse supposer que la situation est normale. Et pourtant ce n'est pas du tout le cas.

Tout mon soutien (après coup et en ligne, ça vaut ce que ça vaut).

@Sans_DeC La situation était en effet considérée comme normale, les RH avaient intégrées comme normales les plaintes qui leur étaient soumises.
cela durait depuis des années.

@StuartCalvo Wow, quelle histoire ! Merci de prendre le temps de la partager ici.

Je suis sidéré par le peu de soutien auquel tu as eu le droit, c'est terrible.

J'imagine que pour que tu puisse en parler ajd ici, c'est que tu as pu prendre du recul sur cette situation, bravo.

@almet Il y a eu l'affaire Baupin, qui m'a beaucoup aidée. Et maintenant le témoignage d'Adèle Haenel. J'apprends à ne plus avoir honte. Et je suis bien entourée.

@StuartCalvo C'est le talent des pervers narcissique, j'ai eu affaire à l'une d'entre eux au boulot, sur un autre plan que sexuel, elle se débrouillait pour échapper à toutes les corvées, pour faire faire son travail par d'autres, pour obtenir les meilleurs fournitures et, bien entendu, était la mieux vue par la direction. Un collègue qui la trouvait assez sympa pour faire une bonne partie de son boulot à sa place a mis des années avant de s'apercevoir qu'elle magouillait pour l'évincer...

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