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Mais quand un non juif force un juif à faire ce lien, par exemple en criant "retourne à Tel Aviv" à Finkielkraut, ou, comme on me l'a plus d'une fois demandé, si j'allais aller faire l'armée ou autres questions du genre, là c'est de l'antisémitisme.

Et c'est dans ce sens là, et seulement ce sens là, que je considère l'antisionisme comme antisémite, quand on force les juifs à faire le lien entre Israël et eux, alors que ce choix n'appartient qu'à eux.

Je termine en précisant une chose. Ce lien, c'est moi qui choisis de le revendiquer. Et quand bien même la plupart des juifs le revendiquent également, c'est un choix individuel de le faire. C'est le droit que nous avons gagné dans cette lutte émancipatrice. Nous pouvons choisir de nous associer, ou non, à ce pays.

C'est cela le lien que j'entretiens avec Israël. Et quand bien même je connais les critiques qui peuvent être adressés à ce pays, ce lien est trop important pour se rompre pour des questions politiques. Il fait désormais parti de mon identité.

Golda Meïr a dit d'Israël que c'était "Le seul lieu où les juifs avaient une chance de vivre de droit et non par tolérance, le seul aussi où ils pussent être maîtres, et non victimes de leur destin."

Alors quand en 2015 Netanyahu disait aux juifs de france qu'Israël les accueilleraient toujours, quand bien même j’abhorre la politique de cette homme, je me suis senti rassuré de savoir qu'en tant que juif je possédait un acquis, inébranlable.

Quand on parle de la situation actuelle avec un juif qui a connu la guerre, déporté ou non, un propos revient souvent. Oui les choses pourraient recommencer, MAIS aujourd'hui on a Israël. C'est un espoir pour les juifs, comme une garantie de protection contre le retour des temps mauvais.

C'est également pourquoi je refuse ceux qui disent que le sionisme est un colonialisme. En tant que combat pour l'émancipation d'un peuple, le sionisme tient plus du décolonialisme !

Tout cela pour vous dire que le sionisme a été pour les juifs, avant comme après la guerre d'ailleurs, un combat pour retrouver de la fierté. Car on ne le dit pas souvent, mais nombre de juifs survivants sont encore honteux d'avoir accepté de manière passive la shoah. Et les suicides ont été nombreux parmi les déportés.
C'est pourquoi à mes yeux, le sionisme est le combat émancipateur et social des juifs comme l'a été la lutte contre l'apartheid pour les noirs sud-africains par exemple.

Une ancienne enfant caché m'avait raconté s'être réconcilié avec le judaïsme après avoir vu des avions El-Al (la compagnie israélienne) griffés de la même étoile de David que celle dont elle avait honte quelques années auparavant. (le slogan d'El-Al est d'ailleurs : Plus qu'une compagnie aérielle, c'est israël).

Il débarque en Israël le mois de l'indépendance, participe à la guerre, etc. le reste n'est pas si important.
L'important est que pour lui à cet âge là, rejoindre Israël et se battre pour l'indépendance était un geste émancipateur. C'était la guérison nécessaire après les années de guerre. Cela permettait de retrouver un sentiment de fierté à l'idée d'être juif

Mon grand-père qui a fait l'armée en Israël est né en Hongrie. Il a été dans le ghetto de Budapest pendant la guerre. Son père, déporté, est revenu. Rapidement après la guerre il prend conscience qu'un juif n'a pas d'avenir dans une Hongrie communiste et encore largement antisémite. Le seul espoir pour lui est de partir en Israël. Il est donc parti de chez ses parents à 16 ans dans la nuit, sans les prévenir, pour un voyage d'un an où il passera par la case prison.

Mais ces éléments matériels nous rattachent en fait à une histoire bien plus ancienne. D'un côté une religion plurimillénaire, de l'autre un idéal de 2000 ans qui s'est matérialisé il y a moins d'un siècle.

J'ai été élevé avec l'idée que nous avions un attachement particulier avec Israël et avec des idées sionistes.

Du côté maternel qui vit en France depuis les années 20, un livre de prière de kipour que mon grand père m'a transmis.
Du côté paternel, des papiers et médailles de l'armée israélienne attestant du passé militaire de mon grand-père durant la guerre d'indépendance (1948) et de 1956.

Encore une fois, je ne parle là que d'une expérience et d'un ressenti personnel.

Quand j'étais à l'école primaire, un de mes camarades se vantait d'avoir dans sa famille une chevalière vieille de plusieurs siècle qui attestait du rang de sa famille sous l'ancien régime. Intrigué, j'ai demandé à mes parents ce qu'il nous restait de nos ancêtres. Évidemment, entre shoah et migration il ne restait pas grand chose.

Toutes vos réponses à mon fil de ce matin me touchent et je continue de réfléchir à ce sujet. J'aimerai du coup aborder un élément que je n'ai pas mentionné et qui est le rapport des juifs à Israël. Attention nous entrons dans une zone de turbulence 😜

Bref, tout ça était sûrement trop long et je ne sais pas réellement si cela est utile de le dire ici, mais j'ai rarement l'occasion de parler d'antisémitisme de manière ouverte.

Ce soir je n'irais pas manifester. Et si je n'imagine pas quitter la France, je ne vois pas quel avenir apaisé j'ai ici. Trois générations nées dans un même pays c'est peut-être un maximum pour les juifs. peut-être est-il temps de reprendre la route.

Comme l'a dit Herbert Pagani, "Moi qui suis un Juif de gauche, je n'en ai rien à faire d'une certaine gauche
qui veut libérer tous les hommes du monde aux dépens de certains d'entre eux, car je suis précisément de ceux-là." Ces dernières années la gauche donne l'impression qu'elle serait mieux sans le problème juif, que finalement, les juifs ne valent pas le coup qu'on se batte pour eux.

Et que ça vous plaise ou non je garde aussi le souvenir des paroles courageuses de Valls sur une France qui ne s'est pas assez indigné de l'antisémitisme, et qui a plus été perçu par la gauche comme une attaque contre les musulmans qu'une défense des juifs. Et ça me dérange de manifester avec cette gauche.

Et puis je garde le souvenir de ces hommes ou femmes politiques que je n'ai vu dans les commémorations de la Shoah que les années d'élection. Ou bien ne pas parler au moment où les juifs attendaient une parole.

Delphine Horvilleur est une personne que j'apprécie, mais dans les faits elle ne représente qu'un courant minoritaire du judaïsme français. Elle a pourtant été choisi par la gauche comme la rabinne a sollicité sur ces sujets. Ça me dérange car j'ai l'impression de ne pas être entendu.

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