« Je pense que la propriété littéraire et artistique est une bonne chose…
— Je suis CONTRE le Copyright !
— Mais je suis contre le Copyright aussi…
— Attends, tu viens de dire…?
— Que j'étais pour la propriété intellectuelle, ce qui ne veut pas dire que je défend ce modèle en particulier.
— Pourtant, c'est la même chose.
— Heu… non. Par contre, toi, t'es contre un truc, que tu sais même pas ce que c'est ? Oo »

Bon,

Pour faire simple : le Copyright est le nom d'une loi nord-américaine visant à donner un cadre juridique national à la Propriété Intellectuelle.

Dans la quasi totalité des pays membres de l'OMPI (a.k.a WIPO) — or USA donc — les lois nationales en matière de Propriété Intellectuelle ont été harmonisées et on retrouve peu ou prou les mêmes dispositions qu'en France à travers le monde et à fortiori en Europe.

La différence philosophique majeure entre le Copyright et la Propriété Intellectuelle ailleurs dans le monde, c'est qu'elle s'accorde a la vision ultra-libérale américaine en considérant une œuvre *déposée* comme une propriété matérielle, un bien marchand qui peut être loué ou revendu.

Chez nous, une œuvre de l'esprit est rattachée à son auteur comme quelque chose de personnel, comme intégrante de son droit à l'expression, voir l'extension publique de son esprit.

Le Copyright va donc protéger les intérêts financiers du *détenteur du certificat de dépôt*, là où chez nous on va protéger l'Auteur et ses travaux.

Une nuance qui a son importance, car en France l'œuvre se retrouve rattachée à la *personne* de son auteur, celui-ci disposant d'un Droit Moral *perpétuel, inaliénable et imprescriptible* et n'a pas besoin d'enregistrer son œuvre pour acquérir cette protection.

En d'autres termes, quoi qu'il arrive, il EST l'auteur de son œuvre, elle doit être présenté comme tel et ne peut être changé sans l'accord de l'auteur. L'auteur gagne aussi le droit exclusif de reproduction et d'exploitation, ainsi qu'un cadre légal pour en louer une part (on va dans le technique par là).

Aussi, de la même manière que vous ne pouvez associer une personne à une entreprise ou une pensée politique auquel elle n'adhère peut-être pas, il en va de même pour associer l'image de l'auteur par l'extension de son œuvre à des thématiques qui pourraient nuire à ses intérêts. Votre morceau est utilisé par des nazillons qui ne vous ont pas demandé l'autorisation et ça vous fait mal — au cul — car cette relation vous salis : c'est un préjudice moral (en plus d'une contrefaçon).

À l'inverse, si tu as eu le malheur de céder le Copyright de ton morceau a quelqu'un, qui l'a ensuite cédé à quelqu'un, qui l'a ensuite cédé à quelqu'un et que tu finisse par découvrir que c'est devenu l'hymne officiel du Club des Platistes… et bien t'as l'air con, mais tu fermes ta gueule.

En bref, comparé au principe de Propriété Intellectuelle ailleurs — sauf si pour toi l'économie de marché c'est la vie et qu'il n'y a rien de mieux que tes pompes italiennes sur la gueule de trois employés le matin en prenant ton café-caviar-meringue — le Copyright est un truc plutôt sale.

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D'ailleurs, quand on regarde bien les Creative Commons, on se rend compte que la plupart des clauses de ces licences — qui cherchent à étendre les possibilités très limitées du Copyright — sont déjà en application chez nous : les clauses BY et ND sont dans le Droit Moral, donc applicables *par défaut* et la NC est forcée (vous pouvez choisir d'autoriser gratuitement les exploitations, mais s'il y a un bénéfice financier pour l'exploitant vous *devez* en percevoir un bout).

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